Éducation, économie et pauvreté

Dernière mise à jour : 1 oct. 2021




2La gestion de la rareté et la définition des règles d’allocation des ressources figurent parmi les objectifs classiques de la science économique. Dans des contextes considérés comme caractérisés par une rareté des ressources plus chronique qu’ailleurs, il faudrait «évaluer les activités de production à partir des avantages qu’elles engendrent, des coûts qu’elles entraînent. L’éducation est justement l’une de ces activités.» (Lemelin, 1998 : 1). Les ressources globales sont prises en compte par les politiques publiques fortement informées par les analyses économiques qui les précèdent et les sous-tendent. Pour Lemelin, l’éducation et l’économie sont unies par une double relation : l’éducation mobilise des ressources rares (publiques ou privées) et améliore en retour l’output économique. Au plan individuel, l’importance de l’éducation pour le développement économique et la nécessité d’investir dans le secteur éducatif sont justifiées par le recours à la notion de capital humain. La paternité de la notion de capital humain est habituellement attribuée à Gary Becker (1964). Sous sa formulation la plus simple, la théorie du capital humain considère que la formation est un investissement qui accroît la valeur des travailleurs sur le marché de l’emploi et augmente leur niveau de rémunération. Le capital humain est ainsi opérationnalisé au plan économique et pour rendre compte de son aspect dynamique, les économistes soutiennent qu’il s’acquiert par l’éducation, se préserve par la formation continue et permet un retour sur investissement sous la forme d’une augmentation de la productivité de son détenteur humain. Le capital humain, qui est individuel, est par ailleurs supposé bénéficier à la collectivité sous forme d’externalités au sens économique du terme. C’est cette relation économique de l’individu à la société que mobilisent l’économie de l’éducation et celle du développement pour articuler une rationalité économique individuelle à l’objectif de niveau supérieur qui concerne le bien commun. Cette approche du capital humain, à travers ses effets bénéfiques pour la collectivité, est souvent invoquée pour promouvoir les investissements publics ou privés dans le secteur de l’éducation. Le retour sur investissement, pour l’individu et pour la communauté dans son ensemble, sert ainsi parfois de levier rhétorique à certains discours promoteurs d’une nécessaire mondialisation de la formation. Le vocable mondialisation, dans cette optique, peut être appréhendé selon plusieurs angles d’attaque suivant le facteur principal sur lequel l’accent est mis. En effet, la mondialisation de la formation ouvre la voie à des analyses en termes de marchandisation, de privatisation, d’industrialisation [1][1]Les travaux de Gershuny (1978), à rebours de ceux de Bell…, de ré-industrialisation, etc. En suivant Weber, et pour rendre compte avec un certain degré de différenciation de la particularité du secteur éducatif, il est possible de considérer l’éducation comme une activité à orientation économique plutôt qu’une activité économique :

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Par opposition à « activité économique » nous appellerons « activité à orientation économique » toute activité qui (a) est orientée en principe à d’autres fins mais qui tient compte dans son déroulement de « faits économiques », ou qui (b) est d’orientation essentiellement économique mais utilise pour parvenir à ses fins des moyens violents. Autrement dit, toute activité dont l’orientation n’est pas essentiellement et pacifiquement économique, mais dans la détermination de laquelle entrent des facteurs économiques. (Weber, 1995, 102).

4L’invocation par Lemelin (1998, 1) de la définition de l’éducation de Rénald Legendre comme « processus formel ou informel, succession d’étapes interdépendantes, composées de ressources et d’activités, visant l’atteinte d’objectifs de développement chez l’être humain » lui permet de rapatrier dans la science économique le secteur éducatif à travers un intérêt pour les ressources ainsi que le processus appréhendé comme production. Un troisième élément est le fait que le processus en question peut être formel ou informel d’une part, et de l’autre qu’il n’est pas circonscrit à un environnement spécifique comme l’établissement scolaire. Le caractère ouvert de cette définition permet d’insérer la formation à distance dans ce cadre. Porter un intérêt à la manière dont la science économique construit l’objet éducatif permet ainsi de saisir la manière dont le secteur éducatif est intégré dans la gouvernance de l’offre éducative, en présentiel ou à distance.

5Nous allons nous intéresser brièvement aux enjeux liés à la gouvernance internationale du présentiel de manière à éclairer dans les paragraphes suivants le registre discursif de la FAD en contexte de développement et dans le cadre d’un diagnostic de crise de l’éducation dans les pays africains. Le secteur éducatif en Afrique est généralement caractérisé de manière assez paradoxale par une surpopulation scolaire malgré le faible taux d’alphabétisation des populations. Cependant, la conjonction d’une saturation des systèmes éducatifs depuis la fin des années 70 et de l’obsolescence des infrastructures éducatives permet d’éclaircir cet état de fait.

6En avril 2000 s’est tenu le Forum mondial de Dakar qui a dégagé six objectifs pour atteindre à l’horizon 2015 l’Éducation Pour Tous (EPT). Ces assises font suite à celles de mars 1990 à Jomtien en Thaïlande qui avaient abouti à une Déclaration Mondiale sur l’Éducation Pour Tous. Entre ces deux forums a eu lieu, en 2000, la conférence des Nations Unies à New York qui a fait date en définissant les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). En matière d’éducation, les OMD ont fixé pour défi d’atteindre la scolarisation primaire universelle (SPU) pour 2015. A ce même chapitre, le Consensus de Monterrey de 2002 a dressé un plan d’action pour le financement du développement. Cette approche, dite de co-développement, a été opérationnalisée dans le domaine de l’éducation par la Fast Track Intiative destinée à favoriser l’atteinte de l’objectif de SPU en 2015. L’un des moyens mobilisés à cet effet a pris la forme du recrutement massif d’enseignants non fonctionnaires conformément aux exhortations de la Banque mondiale (Duret, 2005).

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